Prenez le réel, ôtez tout ce qui ne lui est pas nécessaire. Que reste t-il ? L'essence : ce qui fait qu'un être ou une chose sont ce qu'ils sont. C'est cette quête de l'essence qui confère aux oeuvres de Robert Quenillet ce caractère absolu et universel.

Universel car chaque oeuvre, pourtant singulière, va au-delà d'elle même : il y a toute la Chine dans ce Chinois d'inox. C'est comme si l'inaltérabilité de ce métal permettait l'inaltérabilité de l'essence du chinois. Enlevez-lui les mains des poches, allongez-lui le cou, dessinez-lui un sourire et vous perdrez la Chine. Rien de plus. Rien de moins. Juste l'essence.

De l'essence il en est encore question dans Naissance d'une différence où l'artiste a capté l'instant de l'individuation : le moment où, à bout de bras, la mère regarde ce qui, l'instant d'avant, était une partie d'elle-même et qui, désormais, est un autre individu. Toute l'essence de la création est là : le même ne crée pas un autre soi.

Paradoxe de l'oeuvre qui se présente en elle-même mais qui, par sa présence même, nous renvoie dans l'imaginaire : celui que nous partageons, l'espace d'un instant, avec l'artiste. Cet imaginaire qui émerge d'un métal pur et froid que l'artiste a su assujettir à son imagination : regardez comment, dans Flirt , les formes s'entrelacent, s'enveloppent et entrent en mouvement. Le résultat : une oeuvre - personnage ou objet - qui paraît s'animer devant nous et qui, cependant, existe en toute indépendance.