Une fois créée, l'oeuvre n'appartient plus ni à l'artiste, ni au spectateur, mais bien à elle-même. C'est pourquoi on pressent qu'elle ne partira pas : elle attend, la . On imagine volontiers, comme faisant partie de son être, une éducation qui lui donne, aujourd'hui, cette retenue, cette pudeur, cette grâce. Cette retenue qui fait qu'elle ne bougera pas. Cette pudeur qui fait qu'elle ne parlera pas. Cette grâce, enfin, qui la rend d'une beauté indicible. Indicible parce que son invisible présence nous invite, nous aussi, à ne plus bouger, à murmurer, à nous taire, à la regarder comme si elle ne nous voyait pas.

Absolu parce qu'il n'y a rien au-delà : dans ses créations, le réel s'offre à notre regard, à notre toucher, nu, brut, sans artifice ni dissimulation. Et même lorsque l'essentiel est absent, la totalité de l'œuvre converge vers lui et lui confère une présence virtuelle. Sans les mains en est la plus parfaite expression. En ne montrant pas ce qu'il veut signifier, en sculptant non pas l'objet mais tout autour de l'objet, il offre, en iconoclaste, une configuration en creux où l'essentiel est suggéré.

D'ailleurs, elle ne nous voit pas, elle est ailleurs, la Dame au mouchoir .Ailleurs ? C'est bien d'ailleurs que viennent les idées de l'artiste - avez-vous déjà croisé un Goui-goui ou un Twist ? Un ailleurs où la vérité se fait beauté. Un ailleurs où ce qui nous paraît nécessaire est, en réalité, contingent. Un ailleurs qui nous offre de nouvelles perspectives. Un ailleurs, enfin, qui joue avec nos règles et nos canons. Regardez l'Humanoïde  « Maryline » : 90-30-90. Des mensurations qui feraient rêver toutes les machines de l'univers, du hachoir électrique à D2R2. Le top model des humanoïdes - plusieurs fois Miss Galaxie - perchée sur ses talons inox, expose sa sculpturale silhouette. De passage sur la terre, l'ambassadrice de la beauté inoxydable prend la pose et se surprend à rêver. Un rêve d'humanoïde fait d'inox. Un rêve qui ne finit jamais et qui a commencé, un jour, dans l'atelier d'un artiste.